VENEZUELA : frappes américaines et une stratégie d'asphyxie sous couvert sécuritaire
- equinoxenews

- 30 déc. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 janv.

La confirmation par Washington de frappes américaines sur le sol vénézuélien fin décembre 2025 marque un tournant majeur en Amérique latine. Présentées officiellement comme des opérations antidrogue, ces actions s’inscrivent en réalité dans une stratégie beaucoup plus large, mêlant pression militaire, étouffement économique et contrôle indirect des ressources énergétiques du Venezuela.
Une frappe revendiquée qui rompt un tabou régional

En confirmant publiquement une frappe américaine sur le sol vénézuélien, le président Donald Trump a franchi un seuil politique rarement atteint en Amérique latine. Jusqu’ici, les actions américaines se concentraient officiellement sur des interceptions en mer ou des frappes contre des embarcations suspectées de narcotrafic. Cette fois, Washington assume une action directe sur le territoire d’un État souverain, sans mandat international et sans cadre juridique clairement explicité.
Ce changement n’est pas anodin. Il traduit une évolution doctrinale : le passage d’une logique de police maritime à une logique coercitive assumée, où la frontière entre opération de sécurité et acte militaire devient volontairement floue.
Une opération volontairement opaque
Les modalités exactes de la frappe restent entourées d’un brouillard soigneusement entretenu. Aucun communiqué détaillé du Pentagone, aucune imagerie officielle, aucun bilan humain communiqué. Cette absence d’éléments publics n’est pas un vide informationnel, mais une stratégie en soi.
Tout indique une opération conduite dans une logique de déni plausible, probablement via des moyens de frappe à distance ou des capacités relevant du renseignement, en cohérence avec les modes opératoires souvent attribués à la CIA. Cette opacité permet à Washington d’agir tout en limitant les coûts diplomatiques immédiats.
Punta Cardón : une localisation qui change la lecture stratégique

Selon des informations recoupées par EQUINOXE, non confirmées officiellement à ce stade, la frappe aurait eu lieu dans la région de Punta Cardón, sur la côte nord-ouest du Venezuela. Ce point géographique mérite une attention particulière, car il concentre certains des actifs énergétiques les plus sensibles du pays.
La zone abrite notamment la Refinería Cardón, ainsi que des installations portuaires et de stockage associées aux « Tanques » de la PDVSA. Officiellement civiles, ces infrastructures constituent un maillon essentiel de la chaîne d’exportation pétrolière vénézuélienne vers la Caraïbe.
Si cette localisation venait à être confirmée, la portée de la frappe dépasserait largement le cadre antidrogue. Toucher, même indirectement, un tel nœud logistique revient à signaler que les infrastructures énergétiques ne sont plus hors du champ de pression militaire.
Le narcotrafic comme récit légitimateur
La lutte contre le narcotrafic reste le socle discursif de l’action américaine. Washington affirme que certaines infrastructures portuaires seraient utilisées pour le chargement d’embarcations rapides, et que les revenus issus de ces trafics alimenteraient criminalité transnationale, instabilité régionale et flux migratoires vers les États-Unis.
Ce récit joue un rôle clé. Il permet d’abaisser le seuil politique de l’usage de la force et de présenter l’opération comme une réponse sécuritaire nécessaire. En assimilant les cartels à des acteurs quasi-terroristes, les États-Unis s’octroient une marge de manœuvre extraterritoriale élargie, au détriment des principes classiques de souveraineté.
Le pétrole, véritable centre de gravité de la pression américaine
Derrière la narration antidrogue, le pétrole apparaît comme l’enjeu central. L’économie vénézuélienne reste structurellement dépendante de ses exportations d’hydrocarbures, qui financent l’appareil d’État et conditionnent la survie politique du régime de Nicolás Maduro.
Depuis plusieurs années, les États-Unis exercent une pression continue sur ce levier : sanctions sectorielles, entraves au transport maritime, saisies de pétroliers, restrictions financières et dissuasion des acteurs internationaux. Une frappe à proximité d’infrastructures pétrolières portuaires s’inscrit donc dans une logique de coercition économique armée, où la menace militaire complète l’asphyxie financière.
Il ne s’agit pas nécessairement de détruire durablement les capacités de production, mais de fragiliser l’écosystème énergétique, d’accroître l’incertitude et de décourager toute normalisation durable.
Chevron : pression maximale, contrôle sélectif
La présence continue de Chevron au Venezuela éclaire cette stratégie sous un autre angle. Alors que la majorité des acteurs pétroliers internationaux ont quitté le
pays sous l’effet des sanctions, Chevron bénéficie de licences spécifiques lui permettant de poursuivre certaines opérations.
Cette exception n’est pas une contradiction, mais un outil. Elle permet à Washington de conserver un point d’ancrage économique, de maintenir une capacité d’
observation et d’influence, tout en empêchant d’autres puissances — russes, chinoises ou iraniennes — de monopoliser le secteur énergétique vénézuélien.
Lecture EQUINOXE : une stratégie d’asphyxie graduée
Pris dans leur ensemble, ces éléments dessinent une stratégie cohérente. La lutte antidrogue fournit la justification politique. Les frappes ciblées installent un rapport de force militaire maîtrisé. La pression sur les infrastructures énergétiques fragilise le cœur économique du régime. Et la présence sélective d’acteurs américains maintient un contrôle indirect sans normalisation diplomatique.
Les frappes de décembre 2025 ne relèvent donc pas d’un simple épisode sécuritaire. Elles signalent une inflexion durable de la politique américaine en Amérique latine, où la coercition énergétique devient un instrument assumé de pression géopolitique.






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