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NIGER : attaque conséquente de l'EI sur l'aéroport de Niamey


Incendie et combats en cours sur l'aéroport de Niamey / BA militaire 101 le 29 janvier 2026 vers minuit


Dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, l’aéroport international Diori Hamani de Niamey et la base aérienne 101 ont été la cible d’une attaque jihadiste d’ampleur inédite, revendiquée le 30 janvier par l’État islamique. L’assaut, mené au cœur de la capitale nigérienne, a causé d’importants dégâts matériels et mis en lumière les vulnérabilités persistantes du dispositif sécuritaire, malgré la rupture avec les partenaires occidentaux. Au-delà du choc sécuritaire, l’événement a déclenché une crise diplomatique régionale, Niamey accusant plusieurs États voisins, dont le Bénin et la Côte d’Ivoire, entraînant des réactions officielles et une nouvelle montée des tensions en Afrique de l’Ouest.



Un assaut inédit au coeur de la capitale nigérienne

Dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 janvier 2026, peu avant minuit, la zone aéroportuaire de Niamey, incluant l’aéroport international Diori Hamani et la base aérienne 101, a été la cible d’une attaque terroriste complexe et coordonnée, marquant un seuil inédit dans les capacités opérationnelles des groupes jihadistes au Sahel. Les combats se sont prolongés jusqu’aux environs de 2 heures du matin, avant un retour progressif au calme.


Contrairement aux attaques classiques, l’assaut a combiné plusieurs vecteurs simultanés :

  • groupes armés à moto,

  • tirs indirects de mortiers,

  • drones armés, dont des drones FPV suicides, utilisés à des fins de frappe et de saturation,

  • et des échanges de tirs directs avec les forces de défense et de sécurité (FDS).


Ce mode opératoire traduit une planification avancée, une logistique conséquente et une capacité de coordination rarement observée jusque-là contre une infrastructure aussi centrale.


Usage combiné de drones et de tirs indirects

L’un des éléments les plus significatifs de cette attaque réside dans l’emploi simultané de drones armés et de mortiers. Des sources sécuritaires concordantes évoquent l’utilisation de drones FPV suicides, probablement de conception commerciale modifiée, employés pour :


  • frapper des points précis à l’intérieur du périmètre,

  • perturber la chaîne de commandement,

  • saturer les capacités de défense aérienne à basse altitude.


Les tirs de mortiers, quant à eux, visaient à maintenir une pression constante sur la zone, compliquant les mouvements des forces au sol et accentuant l’effet de sidération. Cette combinaison air-sol suggère une volonté claire de déborder les défenses, voire de tester leurs seuils de réaction.


Mise en œuvre de la défense sol-air et rôle d’Africa Corps

Face à cette attaque, les systèmes de défense aérienne déployés sur la base auraient été rapidement activés, comme en témoignent plusieurs vidéos circulant en sources ouvertes montrant des tirs traçants et des interceptions nocturnes. Sans confirmation officielle, plusieurs observateurs évoquent l’emploi de systèmes sol-air de courte portée, potentiellement de type Pantsir-S1, ou de capacités équivalentes, destinées à la lutte anti-drones.


La présence du contingent russe d’Africa Corps sur la BA 101 constitue ici un facteur clé. Hébergés dans des baraquements situés à proximité immédiate des installations stratégiques, ces éléments auraient appuyé les forces nigériennes dans la riposte, notamment sur les volets :


  • protection des points sensibles,

  • coordination de la défense anti-aérienne,

  • sécurisation des zones de stockage.


Si Niamey n’a pas communiqué officiellement sur l’implication directe des mercenaires russes, leur présence et leurs capacités techniques rendent plausible une participation au dispositif défensif, au moins en soutien.


Une base aux enjeux stratégiques majeurs

La base aérienne 101 concentre un nombre exceptionnel de cibles à haute valeur stratégique, ce qui éclaire les intentions possibles des assaillants. Outre l’aéroport civil, le site abrite :


  • le Quartier général de la Force unifiée de lutte contre le terrorisme au Sahel,

  • les installations d’Africa Corps,

  • les hangars de drones de l’armée nigérienne, incluant des drones turcs Aksungur, estimés à plusieurs milliards de FCFA l’unité,

  • et surtout, le stockage de plusieurs centaines de tonnes de concentré d’uranium, dont un convoi à destination de Lomé (Togo) demeure bloqué à Niamey sur la BA 101.


Dans ce contexte, l’attaque ne saurait être réduite à une simple démonstration de force. Elle pourrait avoir visé :

  • soit une destruction ciblée de capacités critiques (drones, logistique, symboles de souveraineté),

  • soit une action de reconnaissance offensive, destinée à tester les défenses,

  • soit une opération à fort impact psychologique, démontrant la vulnérabilité d’un site pourtant ultra-sensible.


Bilan

Deux images satellites comparatives de la base aérienne 101 de Niamey, prises avant et après l’attaque du 29 janvier 2026, permettent d’identifier plusieurs dégâts visibles à l’intérieur même de l’enceinte militaire.


Sur l’image antérieure à l’attaque, l’ensemble des infrastructures observées — hangars, bâtiments logistiques et abris modulaires — apparaissent intacts. Les toitures ne présentent aucune trace de perforation, de brûlure ou d’effondrement, indiquant une situation normale avant l’assaut.



À l’inverse, l’image prise après l’attaque met en évidence des dommages significatifs sur plusieurs structures situées à l’intérieur de l’enceinte militaire. Au moins trois abris modulaires de type Bachmann, intégrés à des hangars de grande taille, présentent des zones sombres et des perforations visibles au niveau des toitures. Ces impacts, clairement localisés et concentrés sur des infrastructures spécifiques, suggèrent des frappes ciblées et précises plutôt que des dommages collatéraux diffus. Ce schéma est typiquement compatible avec l’emploi combiné de drones kamikazes et de projectiles de mortier.


L’état exact des équipements et du personnel à l’intérieur de ces structures demeure inconnu à ce stade. Toutefois, la concentration des dégâts sur ces abris et hangars, situés au cœur de la base aérienne 101, témoigne d’une attaque planifiée visant des cibles militaires à forte valeur opérationnelle.


Par ailleurs, des traces noires étendues sont observables dans plusieurs secteurs périphériques de la base, correspondant à des feux de broussailles consécutifs à des incendies. Ces brûlures pourraient être liées à des combats au sol ou à des explosions secondaires, sans que des impacts directs clairement identifiables ne soient visibles dans ces zones spécifiques.


Accusations de Niamey et fracture politique régionale

Dans les heures qui ont suivi l’attaque, la réponse des autorités nigériennes ne s’est pas limitée au seul registre sécuritaire. Le général Abdourahamane Tiani, chef du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), a rapidement désigné des responsabilités extérieures, accusant explicitement la Côte d’Ivoire, le Bénin et la France d’avoir, selon ses termes, « organisé, soutenu ou facilité » l’attaque contre l’aéroport de Niamey.


Ces accusations ont été formulées malgré la revendication officielle de l’attaque par l’État islamique, diffusée via ses canaux habituels le 30 janvier 2026. Cette dissonance entre le discours jihadiste et la communication officielle de Niamey constitue un élément central de la séquence actuelle, révélateur d’une instrumentalisation politique de l’événement.


Une lecture politique assumée de la menace

En incriminant des États voisins et un ancien partenaire occidental, le pouvoir nigérien opère un glissement narratif : l’attaque n’est plus seulement présentée comme un acte terroriste, mais comme le produit d’un complot régional et international visant à déstabiliser le régime en place. Cette lecture permet à la junte de replacer l’événement dans un cadre plus large de confrontation géopolitique, opposant le Niger à un environnement jugé hostile.


La Côte d’Ivoire et le Bénin occupent une place particulière dans ce discours. Tous deux sont perçus par Niamey comme des États côtiers restés alignés sur les dispositifs sécuritaires occidentaux, accueillant encore des forces étrangères et coopérant étroitement avec la France et d’autres partenaires européens. Leur désignation comme « bases arrière » ou relais d’actions subversives s’inscrit dans une logique déjà observée depuis la fermeture des frontières et les tensions commerciales, notamment avec le Bénin.


La France, quant à elle, demeure une cible rhétorique structurante. Bien que ses forces aient quitté le Niger, Paris continue d’être présenté comme un acteur central des dynamiques d’ingérence, servant de point de fixation à un discours souverainiste largement relayé dans l’espace médiatique nigérien.


Réactions diplomatiques et durcissement des lignes

Les accusations de Tiani ont suscité des réactions diplomatiques immédiates. La Côte d’Ivoire a convoqué l’ambassadrice du Niger, dénonçant des propos jugés infondés et dangereux pour la stabilité régionale. Le Bénin a, de son côté, rejeté toute implication, rappelant son engagement officiel dans la lutte contre le terrorisme et son exposition croissante aux violences jihadistes dans sa partie septentrionale.


Ces échanges traduisent une fracture politique de plus en plus marquée entre, d’un côté, les États sahéliens dirigés par des juntes militaires (Niger, Mali, Burkina Faso) et, de l’autre, les États côtiers d’Afrique de l’Ouest, restés insérés dans les mécanismes régionaux classiques (CEDEAO, partenariats occidentaux). L’attaque de Niamey agit ici comme un révélateur et un accélérateur de cette polarisation.


Une contradiction stratégique assumée

La coexistence de deux récits — une revendication jihadiste claire et une accusation étatique ciblant des puissances étrangères — n’est pas anodine. Elle traduit une stratégie de communication assumée par Niamey, qui privilégie l’impact politique interne et régional à la cohérence factuelle.


Sur le plan interne, cette posture permet :


  • de resserrer les rangs autour du pouvoir militaire,

  • de détourner l’attention des failles sécuritaires révélées par l’attaque,

  • et de justifier le renforcement de l’appareil sécuritaire ainsi que le recours accru à des partenaires non occidentaux, notamment russes.


Sur le plan régional, elle contribue en revanche à affaiblir les mécanismes de coopération transfrontalière, pourtant essentiels dans la lutte contre les groupes jihadistes. En substituant la méfiance à la coordination, cette stratégie risque de créer des zones grises sécuritaires dont les organisations terroristes pourraient tirer profit.


Lecture stratégique

L’attaque de Niamey ne se limite donc pas à un choc sécuritaire. Elle s’inscrit dans une séquence de recomposition politique et géopolitique, où la lutte contre le terrorisme devient un outil de légitimation du pouvoir, mais aussi un levier de confrontation diplomatique. En accusant des États voisins et la France, malgré la revendication de l’État islamique, le régime nigérien assume une lecture politique du terrorisme, au risque d’entretenir une fragmentation régionale déjà profonde. À moyen terme, cette dynamique pourrait compliquer toute réponse collective efficace face à une menace jihadiste qui, elle, continue de s’adapter, de se structurer et de frapper sans considération pour les lignes de fracture politiques entre États.



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